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JUSTICE & DROIT

Trois hommes inculpés aux États-Unis pour une escroquerie de 129 millions de dollars via l'IA

Selon la justice américaine, un trio interpellé en Espagne et au Royaume-Uni aurait imité voix et images de dirigeants et d'avocats pour détourner plus de 129 millions de dollars, ensuite convertis en cryptomonnaies.

6 Nov, 22:10 · 5 sources · 4 min

Trois hommes inculpés aux États-Unis pour une escroquerie de 129 millions de dollars via l'IA

Trois hommes ont été inculpés devant le tribunal fédéral du district sud de New York, selon un acte d'accusation rendu public jeudi par le parquet fédéral et le FBI, pour une fraude de plus de 129 millions de dollars reposant, d'après les procureurs, sur l'intelligence artificielle. Les faits allégués — imitation de la voix et de l'image de dirigeants d'entreprise et d'avocats pour convaincre des salariés d'ordonner des virements — situent l'affaire au croisement des technologies de synthèse vocale et visuelle et de la délinquance financière : selon l'acte d'accusation, l'outil ne sert pas à forcer une infrastructure, mais à rendre crédible, au téléphone ou en visioconférence, un scénario de transaction urgente et confidentielle. Aucune des personnes mises en cause n'a été jugée à ce stade.

D'après le parquet, le mode opératoire se répétait d'une cible à l'autre. Les mis en cause contactaient des salariés — souvent au sein des services comptables, précise NBC News — en se faisant passer pour le directeur général, par courriel puis par téléphone ou visioconférence, avec une voix et parfois une image reproduites grâce à l'IA. Ils invitaient ensuite l'employé à s'adresser aux avocats d'un grand cabinet international, rôle qu'un complice endossait : Jacob Soall aurait principalement incarné des juristes britanniques à l'aide d'un script intitulé « Lawyer Call », selon le parquet. Le faux avocat ordonnait alors le virement vers des comptes ouverts aux États-Unis, en Espagne, au Portugal, en Grèce, aux Émirats arabes unis, à Singapour, en Autriche, en Slovaquie et en Chine, avant conversion des fonds en cryptomonnaies pour en masquer l'origine. La période visée court de juillet 2024 à février 2026, selon NBC News et Mediaset.

Le montant des détournements est détaillé société par société : 11 578 474 dollars pour une entreprise britannique de technologie financière, 5 242 747 dollars pour un fabricant d'aliments pour animaux de Floride, 4 829 580 dollars pour un réseau hospitalier du Missouri et 2 968 497 dollars pour un autre, établi en Californie. Le Guardian et NBC News ajoutent une banque du Rhode Island (environ 2,7 millions de dollars), un fonds commun de placement du Massachusetts (environ 4,6 millions) et, pour NBC News, une banque d'investissement new-yorkaise. Le Jerusalem Post présente Sharon Hazan, 54 ans, de nationalité israélienne, et Guy Sheetrit, 42 ans, binationaux israélo-émirati, comme les deux ressortissants israéliens du dossier ; Jacob Soall, 41 ans, est décrit comme binational hispano-britannique.

Les dates d'interpellation divergent selon les titres. Le Jerusalem Post situe l'arrestation de Soall le 17 juillet en Espagne, celles de Hazan et de Sheetrit le 7 septembre, en Espagne et au Royaume-Uni respectivement ; NBC News et Mediaset placent Soall en juin et Hazan en août, tous deux en Espagne, et Sheetrit en septembre au Royaume-Uni. Les demandes d'extradition vers les États-Unis sont en cours, selon le parquet. Les sept chefs retenus — association de malfaiteurs en vue de fraude électronique, fraude électronique, association de malfaiteurs en vue de blanchiment, deux chefs de blanchiment et deux chefs d'usurpation d'identité aggravée — exposent, selon le Jerusalem Post et CBS News, à vingt ans d'emprisonnement par chef, sauf l'usurpation d'identité aggravée, passible de deux ans ; NBC News indique de son côté que chacun des sept chefs est passible de vingt ans, en contradiction avec ces deux titres.

Le parquet rappelle par ailleurs que Sharon Hazan a été reconnu coupable en 2008, dans cette même juridiction, d'association de malfaiteurs en vue de fraude bancaire, et qu'il se serait vanté d'avoir blanchi plus de 400 millions de dollars en trois ans, se présentant comme « le numéro un mondial » des blanchisseurs. « La technologie SI offre un potentiel considérable. Mais le public doit savoir que certains cherchent à exploiter cette technologie émergente à des fins criminelles », a déclaré le procureur fédéral Jamie McDonald, selon NBC News et le Guardian, en invitant les entreprises à réfléchir à leurs protections. James C. Barnacle Jr., directeur adjoint du FBI en charge, a estimé pour sa part que l'affaire montre comment une technologie avancée peut servir une fraude de grande ampleur, et que le FBI entend adapter ses moyens d'enquête à ces usages. Aucune date d'audience ni de remise aux autorités américaines n'a été annoncée.

Sources

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