ÉCONOMIE & MARCHÉS
Aux États-Unis, les scrutins locaux pèsent sur l'expansion des centres de données
Les victoires démocrates aux midterms et les restrictions votées dans plus de quarante comtés rebattent le financement de l'IA : opérateurs de centres de données en repli, géants du cloud en hausse.

Au lendemain des élections de mi-mandat américaines, l'expansion de l'infrastructure destinée à l'intelligence artificielle est devenue un objet d'incertitude pour les marchés. Ceux-ci ont d'abord salué des résultats nets, rapidement reconnus par le président Donald Trump : le S&P 500 a gagné 1,6 %, le Dow Jones 3,0 % — sa plus forte hausse au lendemain d'un scrutin depuis plus de quarante ans —, le DAX 2,22 % et le Nasdaq 100 0,91 %. Mais à l'intérieur du secteur technologique, la sélection s'est opérée : ce sont les conditions politiques de construction des centres de données, maillon décisif de la course à l'IA, qui se trouvent désormais contestées.
Le fait marquant ne tient pas seulement au basculement des majorités, mais aux scrutins locaux. Dans plus de quarante comtés où des restrictions à l'implantation de centres de données étaient soumises au vote, les électeurs se sont prononcés en leur faveur ; un seul comté les a rejetées, selon une compilation du prestataire de données Redbud Consulting. Ces restrictions vont du bannissement pur et simple à des plafonds de consommation électrique, en passant par des règles d'urbanisme limitant le choix des sites. En parallèle, les démocrates ont conquis les postes de gouverneur au Texas et dans l'Ohio. L'élue démocrate Gina Hinojosa a annoncé au Texas son intention de bloquer les nouvelles autorisations jusqu'à l'adoption de lois de protection et de droits de participation pour les riverains, alors qu'environ un quart des capacités américaines de centres de données prévues d'ici 2030 doit être bâti dans cet État.
Les opérateurs les plus exposés ont payé : les « néoclouds » CoreWeave et Nebius, qui financent leurs centres de données par l'emprunt, ont reculé d'environ 9 % et 6 %. À l'inverse, Amazon et Microsoft ont gagné plus de 6 % chacun, Alphabet plus de 3 %. La lecture dominante est qu'un coup d'arrêt à l'expansion laisserait davantage de profits dans les bilans : Amazon, Microsoft et Alphabet prévoient ensemble plus de 740 milliards de dollars de dépenses en capacités de centres de données pour l'année en cours, des montants qui avaient ces derniers temps inquiété les investisseurs. Un indice Bloomberg regroupant les « Magnificent Seven » avait perdu 5,9 % entre la publication des résultats de Meta le 21 octobre et le mardi précédant le scrutin.
Les fabricants de puces ont également été vendus, Nvidia et AMD figurant parmi les titres cédés. SpaceX a perdu 3,8 % à la clôture : l'entreprise est installée au Texas comme Tesla, et son fondateur Elon Musk a financé la campagne républicaine à hauteur d'au moins 474 millions de dollars, dont 224 millions au Texas ; un accord annoncé avec Qualcomm pour le réseau terrestre de Starlink Mobile a limité la baisse. Le secteur de l'énergie du S&P 500 a cédé 4,8 % et Lockheed Martin quelque sept pour cent, sur la crainte que le nouveau Congrès ne remette en cause les dépenses militaires par ses prérogatives budgétaires.
L'échéance à suivre réside désormais dans l'application concrète des régimes d'autorisation : les décisions annoncées au Texas conditionnent la suite du calendrier de construction, et donc la trajectoire des dépenses informatiques des grands acteurs.
Sources
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